Histoire
Pendant le schisme d’Avignon (1309-1377), lorsque Rome fut abandonnée, la basilique, qui avait déjà plus de mille ans, commença à avoir de graves problèmes statiques et de conservation. L’on ne sait pas grand-chose à ce sujet, mais il est certain que le pape Nicolas V, à la moitié du XVe siècle, avait demandé à l’architecte Bernardo Rossellino de dessiner un projet qui prévoyait un nouveau chœur, en dehors de l’abside constantinienne : il ne fut bâti qu’en partie, sur une hauteur d’environ un mètre et demi. Au début du XVIe siècle, il fallut décider, sans tergiverser, ou de restaurer ou de reconstruire complètement Saint-Pierre ; c’est ainsi que le nouveau pape Jules II, élu en octobre 1503, confia cette charge en 1505 à Donato Bramante, un des plus grands architectes de l’époque, qui se trouvait déjà à Rome ; cette entreprise lui vaudra le surnom de « Maestro Ruinante » (Maître Ruineux, ndt). La Galerie des Offices de Florence conserve une grande partie de ses dessins, qui proposent tous un plan carré dans lequel sont intégrées une croix grecque et quatre absides en saillie ; le carré, qui dans l’espace devient un cube, est couvert en son centre d’une coupole hémisphérique. Des chercheurs ont remarqué (A. Bruschi, 1984) que cet ensemble s’inspirait d’une symbolique bien précise « que l’on peut résumer – selon une ancienne tradition vivante surtout en milieu byzantin – en un cube (la terre) élargi par quatre bras (les quatre parties du monde) et surmonté d’une coupole (le ciel) ».
Le 18 avril 1506, une grande cérémonie marqua le début de la construction du premier pilastre ; l’année suivante, on procéda à la jetée des fondations des trois autres structures de soutien. Mais la mort de Jules II d’abord (1513) et celle de Bramante ensuite (1514) interrompirent cette construction qui était déjà arrivée au sommet des quatre pilastres.
Au cours des 40 années suivantes, d’autres projets furent élaborés, et le débat concernait souvent l’idée de savoir si la nouvelle basilique Saint-Pierre devait avoir un plan central, comme le souhaitaient Bramante mais aussi tous les architectes de la Renaissance, ou bien si ce plan devait être longitudinal et donc en croix latine, ce qui correspondait davantage à la tradition ecclésiastique et se révélait également plus adapté pour couvrir toute la partie sacrée de l’ancienne basilique constantinienne. Liés par ces quatre pilastres centraux déjà bâtis, Raphaël (1514) et Antonio da Sangallo le Jeune (1538) proposèrent un plan longitudinal, tandis que Baldassarre Peruzzi (1520) conçut un plan central.
Finalement, en 1547, le pape Paul III chargea Michel-Ange de dessiner un nouveau projet. Il revint au plan central de Bramante, en renforçant toutefois aussi bien les pilastres que le mur de pourtour ; il creusait aussi les murs pour y insérer des niches et des saillies. Son projet prévoyait une grande coupole qui devait couvrir la partie centrale, où il plaçait aussi l’autel papal. La construction fut finalement réalisée, sauf la coupole, et après sa mort en 1564, c’est son élève, Giacomo Della Porta, qui acheva cette immense entreprise, non sans quelques changements comme l’élévation de la courbure de la calotte.
Mais le dilemme entre le plan central et le plan longitudinal n’était pas encore définitivement résolu. Le Concile de Trente, qui s’était achevé en 1563, recommandait l’usage de la structure longitudinale dans les églises. C’est pour cela que l’architecte Carlo Maderno fut chargé de prolonger ce que Michel-Ange avait déjà réalisé : il ajouta donc deux travées et transforma ainsi Saint-Pierre en une église au plan en croix latine. Maderno réalisa aussi, entre 1607 et 1612, la façade de style classique qui avait toutefois le défaut de cacher et d’éloigner du point de vue visuel la coupole de Michel-Ange. La place du Bernin qui la précède devra résoudre le problème du rapprochement entre ce grand ensemble et le spectateur.